Perspectives
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La boule au ventre le dimanche soir. Ce signal que personne n'entend — pas même celui qui le ressent.

Publié le 25 mai 2026

On attend souvent l'arrêt maladie pour agir. Mais la vraie rupture, elle, commence bien avant.

Il y a des situations qui n'ont pas encore de nom dans l'entreprise. Pas d'arrêt déclaré, pas de dossier ouvert, pas d'alerte RH. Et pourtant quelque chose se passe — doucement, silencieusement, parfois depuis des mois.

Une personne qui a pleuré en pensant qu'elle devait aller travailler le lendemain. Un cadre qui enchaîne les restructurations, les changements de périmètre, les réorganisations — et qui tient, parce qu'il a toujours tenu. Un salarié dont la vie personnelle déborde sur le professionnel et qui n'ose pas le dire, parce que ce n'est pas censé se voir.

Ces personnes ne sont pas en arrêt. Elles sont là, présentes, performantes en apparence. Mais quelque chose s'est fissuré.

LES SIGNAUX FAIBLES QUE PERSONNE NE VOIT — PAS MÊME SOI

Ce qui rend ces situations particulièrement difficiles, c'est qu'elles sont invisibles des deux côtés.

L'entreprise ne comprend pas. Elle voit une belle carrière, des années d'engagement, des augmentations méritées. Et tout à coup, quelque chose coince. Les propositions sont refusées. Le dialogue devient difficile. L'ambiance se tend. Pour l'employeur, c'est souvent incompréhensible — voire vécu comme une trahison.

Le salarié, lui, n'a pas toujours les idées claires. Il sait que quelque chose ne va pas. Mais il ne sait pas exactement quoi, ni depuis quand, ni comment en parler. Il cherche des solutions concrètes — un temps partiel, un changement de périmètre, un peu d'espace pour souffler. Et quand ces demandes sont refusées, il se retrouve dans une impasse.

La réalité, c'est que la situation est souvent plus ancienne que tout le monde ne le pense. Il y a eu des petits signaux — une fatigue qui s'installe, un désengagement progressif, un enthousiasme qui s'érode. Personne ne les a entendus. Parfois pas même la personne concernée.

QUAND ON ME CONTACTE, C'EST SOUVENT TARD

Dans mon travail d'accompagnement, je vois beaucoup de ces situations. Et je remarque la même chose à chaque fois : on me contacte tard. Quand le dialogue est déjà bloqué. Quand les positions se sont durcies. Quand tout le monde pense que c'est fini.

Ce n'est presque jamais fini.

Ce qui manque à ce moment-là, ce n'est pas une solution toute faite. C'est un espace pour mettre la lumière sur ce qui fait mal — comprendre ses propres besoins, remettre les choses en perspective, envisager des options qu'on pensait impossibles. Et reprendre le dialogue depuis un endroit plus solide.

"Mon rôle n'est pas de décider à la place de qui que ce soit. C'est d'accompagner — le salarié, l'entreprise — pour que des possibilités réapparaissent là où tout le monde pensait que c'était fini."

SE FAIRE ACCOMPAGNER N'EST PAS UN AVEU DE FAIBLESSE

Il y a un tabou autour de l'accompagnement professionnel, surtout chez les cadres. Demander de l'aide, c'est admettre qu'on n'y arrive pas seul. Et ça, dans certaines cultures d'entreprise, ça ne se fait pas.

Je voudrais dire le contraire.

Proposer et accepter un accompagnement, ce n'est pas futile. Ce n'est pas réservé à ceux qui vont vraiment mal. C'est prendre soin du lien — entre un salarié et son travail, entre une personne et son entreprise — avant que ce lien ne se rompe définitivement.

Les situations les plus complexes que j'accompagne ne sont pas celles où tout s'est effondré. Ce sont celles où personne n'a osé dire, tôt, que quelque chose ne tournait pas rond.

Si vous êtes salarié et que vous vous reconnaissez dans ces lignes — la boule au ventre, le sentiment d'être incompris, les idées qui ne s'éclaircissent pas — sachez qu'il existe un espace pour en parler, sans que ça devienne immédiatement un dossier RH.

Si vous êtes dirigeant ou RH et qu'un de vos collaborateurs vous préoccupe sans que vous sachiez comment l'aborder — c'est peut-être le moment d'en parler à quelqu'un dont c'est le rôle.

C'est exactement pour ces situations — celles d'avant l'arrêt, celles d'après, et toutes celles du milieu — que KO existe.

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