Je sais pas si dans mon équipe j'ai des personnes concernées.
Publié le 4 juin 2026
Ce matin, mon conjoint arrive avec ce regard là. Celui qu'on reconnaît tout de suite.
Un message reçu dans la nuit. Un ami. En arrêt. Burn-out. « C'était un des plus brillants d'entre nous. Je comprends pas. »
Il est touché. Pas seulement par la nouvelle — par le fait de ne pas l'avoir vu venir.
Je lui dis ce que je pense : dans ces moments-là, un appel d'un ami qui dit juste je suis là vaut plus que n'importe quoi d'autre. Il acquiesce. « Je vais l'appeler dans la journée. »
Et puis, après un silence : « Je me demande si dans mon équipe il n'y a pas des personnes dans cette situation. Plus proche de moi que je ne le pense. »
Cette phrase m'a arrêtée. Parce qu'elle dit quelque chose d'important sur les managers : ils ne sont pas indifférents. Ils pressentent. Mais ils ne savent pas toujours où regarder.
Alors je l'ai invité à regarder autrement. Pas les absences, pas les indicateurs. Les liens.
Comment ça se passe entre eux quand il n'est pas dans la pièce ? Y a-t-il des conflits qu'on laisse traîner parce qu'ils ne débordent pas encore ? Des comportements qu'on met sur le compte du caractère mais qui, au quotidien, usent ceux qui les subissent ? Une personne qui ne dit plus rien en réunion depuis trois semaines ?
Les nids du burn-out ressemblent rarement à des drames. Ils ressemblent à des silences qu'on n'a pas entendus, des tensions qu'on a évitées, des petites souffrances qu'on a appelées autrement.
Il est reparti ce matin sans certitudes — mais avec les bonnes questions. C'est déjà beaucoup.
Observer les liens. En prendre soin. Déminer avant que ça explose.
Ce n'est pas du management émotionnel. C'est du management, tout simplement.


